Mise en contexte

Préambule

Une stratégie, pourquoi?

Bon nombre de francophones ne se sentent pas à l’aise de s’exprimer en français.

Certaines personnes croient ne pas assez maîtriser la langue, craignent d’être jugées en raison de leur accent ou se disent que leur façon de parler est inférieure à celle d’autres personnes.

À la fois un enjeu de société et une expérience résolument individuelle, l’insécurité linguistique est un phénomène complexe touchant tous les groupes d’âge et présente d’un bout à l’autre du pays.

Cette stratégie porte sur le phénomène dans un contexte bien précis.

Elle ne prétend pas aborder les préoccupations de toutes les minorités linguistiques au Canada. Son orientation, les défis qu’elle évoque, les stratégies et les pistes d’actions proposées sont propres à la francophonie canadienne.

Ici, les termes « francophones » et « francophonie » sont utilisés selon leurs définitions les plus inclusives. Quiconque utilise le français au Canada peut se sentir concerné.

Cette stratégie se veut un pas vers le progrès, non pas une solution finale. Elle sera amenée à évoluer et à être bonifiée au fil du temps.

Vers une compréhension commune

Manifestations de l’insécurité linguistique

La sécurité linguistique est un phénomène complexe, à la fois social et individuel, chargé d’émotion, qui peut se manifester sous forme d’un sentiment de :

  • honte de la part d’individus qui écopent des commentaires par rapport à leur accent,
  • culpabilité chez des parents qui ne parviennent pas à assurer la passation de la langue,
  • tristesse chez des personnes qui constatent la perte de leur langue maternelle.

L’insécurité provient d’un geste, d’une intervention, d’un commentaire, d’un contexte qui menace, blesse, intimide, humilie ou frustre quelqu’un par rapport à la langue ou sa façon de l’utiliser.

Au cours du processus d’élaboration de cette stratégie, nombreux sont celles et ceux qui ont mentionné leur besoin de partager leurs expériences afin de pouvoir mieux composer avec la charge émotive de l’insécurité linguistique.

Le français, une langue normée

La norme langagière est au coeur du problème pour plusieurs personnes.

L’idée qu’il existe une seule et unique façon de parler, d’écrire ou d’utiliser le français, le français standard, est toujours largement répandue.

Ce mythe du français standard a été la source de nombreuses critiques à l’intention des locuteurs et locutrices du français.

Il a découragé des générations d’apprenants et d’apprenantes et a été une source de distinction, souvent négative, entre plusieurs individus de la francophonie canadienne et ceux et celles qui prétendent maîtriser et détenir ce français singulier.

Les rapports de force sont aussi un facteur important de l’insécurité linguistique, car parler français au Canada, c’est forcément s’afficher comme membre d’une minorité.

L’insécurité linguistique, pas simplement une question d’accents

Nous parlons plusieurs français au Canada et ces français ont évolué selon les besoins et les réalités locales, souvent très différentes d’une région à l’autre du pays.

Nous comptons des accents régionaux, mais aussi des variations du vocabulaire, d’une collectivité à l’autre.
Notons les nombreux registres de la langue qui peuvent être utilisés selon le contexte, qu’il soit formel, professionnel ou récréatif.

Tous ces registres sont légitimes et ne se valent pas l’un l’autre en tout temps.

La capacité de naviguer entre ces différents registres est une des grandes sources de confiance, de résilience et de fierté pour les locuteurs et locutrices. Cette compétence gagne à être valorisée davantage.

Les types d’insécurité linguistique

La recherche distingue trois grandes catégories d’insécurité linguistique : l’insécurité statutaire, l’insécurité identitaire et l’insécurité formelle.

L’insécurité statutaire est liée au statut et au prestige d’une langue. Elle implique « une représentation négative du statut sociopolitique de sa langue et de son groupe social ».

L’insécurité identitaire varie selon le degré auquel la langue est une entité caractéristique de l’identité de la communauté au sein de laquelle elle est parlée.
Lorsqu’il est question du rapport entre l’identité d’une personne et la langue utilisée, ou encore du degré d’adhésion d’une personne à une identité linguistique collective, il est question d’insécurité identitaire.

L’insécurité formelle se manifeste alors que l’individu pense que son utilisation d’une langue diverge de la norme. Cette forme d’insécurité provient du mythe selon lequel une langue est une entité homogène et immuable, fixée une fois pour toutes.

Plus l’écart entre le français standard et le français que nous utilisons est grand, plus l’insécurité linguistique se fait sentir.

Répercussions de l’insécurité linguistique

Chez l’individu, la manifestation ultime de l’insécurité linguistique est le silence. La personne abandonne l’emploi du français plutôt que continuer à se heurter à la marginalisation perçue.

Pour une collectivité, l’insécurité linguistique se solde par l’effacement de la communauté, par la chute libre du nombre de locuteurs et de locutrices du français, par la diminution du nombre de personnes qui font appel aux services offerts en français et par l’érosion progressive des droits.

Prémisses

Vers la sécurité linguistique…

Cette stratégie mise d’abord et avant tout sur les perspectives d’avenir et les moyens d’améliorer la situation de la sécurité linguistique au sein de la francophonie canadienne.

Cette stratégie vise à renforcer la sécurité linguistique, tant au plan collectif qu’individuel, et à consolider les conditions favorables à la sécurité linguistique, non pas à éliminer ou guérir l’insécurité linguistique.

…de manière individuelle et collective

Les individus ont certainement une part de responsabilité dans l’équation. Chaque locuteur et locutrice doit assumer sa responsabilité personnelle et cultiver sa confiance et sa résilience devant des situations où il est difficile d’évoluer en français.

Il ne faudrait pas faire porter aux individus des défis systémiques, résultant de facteurs au-delà de leur ressort.

La société civile et les gouvernements ont une part importante de responsabilité aussi, et c’est l’action de ces instances qui pourra créer des conditions favorables à la sécurité linguistique des individus et des collectivités de la francophonie canadienne.

La stratégie proposée mobilisera à la fois, les individus, les associations, les regroupements, les établissements et les gouvernements.

Ceux et celles qui emploient le français devront porter une conviction intérieure profonde, source de confiance et de résilience personnelle afin d’arriver à améliorer la sécurité linguistique des francophones au Canada.

Un sentiment d’appartenance à quelque chose de plus grand, un espace où il est possible de vivre, de s’épanouir en français et de bénéficier d’une gamme de services et d’occasions de s’exprimer dans la langue qui leur tient à coeur devront être à la portée des locuteurs et des locutrices afin d’assurer leur sécurité linguistique.

Les grandes orientations

Domaines d’intervention

Cette stratégie s’oriente autour de quatre domaines d’intervention, à savoir :

  • l’éducation,
  • le marché du travail,
  • la culture et les médias et
  • les politiques publiques.

Aux domaines d’intervention, s’ajoute une visée globale qui se veut transversale.